Les mots dits, sans écrit, sont autrement vivants. Ils sont odeurs, lumières, saveurs matières, musiques. Ils prennent racine avec nos sensations, la répétition et la transmission. Ils sont des images chargées du goût de nous. Ils dansent, chantent, se promènent dans notre intimité, notre histoire et deviennent empreinte. C’est peut-être d’avoir grandi dans une famille où la langue n’est qu’oralité que Zoria a senti l’appel du conte. Ou alors, le mystère d’une histoire qui l’a conduite vers ces imaginaires qui datent de la nuit des temps. Ses racines lointaines sont un héritage étonnant et savoureux. Il est le vecteur d’un imaginaire installé dans les montagnes, où les oliviers, les figuiers, la nature, le sauvage dominent. Cet héritage la porte et elle le transforme. Parce qu’ici chez elle, il n’y a ni figuier ni olivier, ici, il y a des hêtres et des sapins.
Quoi qu’il en soit, c’est sûrement la profondeur et la justesse du conte qui ont suscité ce désir de raconter, qui lui ont donné le courage de s’emparer de ce langage. Façonnée par les paroles qui fusaient, énergiques, en colère, heureuses et vivantes, elle est tombée amoureuse de l’absurde, du merveilleux et de la folle sagesse. Le conte a trouvé là, dans cette caboche et ce corps, un territoire propice à son épanouissement.